Further Afield: la résidence 2026 à Lagamas avec John Costi

En août 2026, The Cornelius Arts Foundation accueille l’artiste londonien John Costi à Lagamas, dans le sud de la France, pour une nouvelle résidence de terrain consacrée à la manière dont la pratique artistique peut transformer la rupture en un mouvement renouvelé.

De quoi un artiste a-t-il besoin lorsque l’enjeu n’est pas simplement de produire un nouveau corpus d’œuvres, mais de permettre à sa pratique elle-même de se remettre en mouvement ?
Une résidence offre du temps, de l’espace, des matériaux et une mise à distance des contraintes quotidiennes. Ces conditions sont essentielles. Pourtant, le travail le plus profond se joue souvent ailleurs : dans la capacité de l’artiste à revenir vers l’expérience sans y demeurer enfermé ; à reconnaître ce qui a persisté ; et à trouver de nouvelles formes à travers lesquelles le sens, le pouvoir d’agir et une direction peuvent émerger.
Cette question est au cœur de la prochaine résidence de John Costi à Lagamas, provisoirement intitulée Further Afield. Organisée en août 2026, elle s’inscrit dans le programme de recherche Ginkgo lab. de The Cornelius Arts Foundation et est co-développée avec RIZOM.
RIZOM est né des recherches menées sur le long terme par TCAF et Ginkgo lab. sur la manière dont les processus artistiques et symboliques peuvent soutenir le développement humain, la construction de sens et le pouvoir d’agir. Désormais développé comme une entreprise technologique et de recherche indépendante, RIZOM conçoit des outils respectueux de la vie privée, qui aident les individus et les organisations à donner du sens à l’expérience vécue sans confier à l’intelligence artificielle le soin de l’interpréter à leur place.
Dans le cadre de cette résidence, TCAF apporte le dispositif artistique et curatorial, tandis que RIZOM contribue par des méthodes et des instruments de recherche conçus pour observer la manière dont le sens, l’orientation et l’autonomie créative évoluent au fil du processus artistique.
Une pratique façonnée par la transformation
John Costi est un artiste londonien dont la pratique traverse la sculpture, l’installation, la peinture, la performance, la poésie orale et les démarches participatives. Nourri par ses héritages chypriote et irlandais, ainsi que par son expérience d’une enfance passée à Londres, il travaille à partir d’objets trouvés, d’archives personnelles et de matériaux culturels existants, souvent par l’improvisation, l’assemblage et le hasard. Il désigne ce processus, qui consiste à mettre en relation des matériaux et des histoires disparates, par le terme « Culture-Mating ».
Au cœur de sa pratique se trouve une réflexion constante sur la guérison et la transformation. Son travail crée des environnements dans lesquels l’expérience personnelle peut devenir un matériau partagé sans perdre sa singularité. Il remet également en question la séparation habituelle entre l’artiste et le public, en ouvrant la voie à la participation, à la conversation et à une forme d’auteur collectif.
Le travail de Costi n’esthétise pas le traumatisme et ne le présente pas comme un récit clos. Il revient vers des matériaux difficiles, les recadre et leur donne une forme symbolique par le collage, la mise en scène, la performance et le remixage. Les mêmes souvenirs, objets et motifs peuvent réapparaître, sans pour autant revenir dans la même configuration.
C’est là que la répétition peut devenir transformation.
Une spirale descendante se répète en réduisant progressivement le champ des possibles. La pratique artistique peut interrompre ce mouvement. Par le travail, l’artiste peut revenir vers ce qui s’est produit tout en modifiant le cadre à travers lequel il l’aborde. Ce qui n’avait d’abord été vécu que comme une rupture peut devenir matière, relation, image, rythme ou forme.
Alors que Costi aborde une nouvelle étape de sa pratique, il a exprimé le désir de chercher à nouveau et de créer de la beauté. Further Afield offrira les conditions dans lesquelles ce passage pourra être exploré avec attention, liberté et profondeur.
Un autre rythme, une autre lumière
Lagamas se situe dans la vallée de l’Hérault, au cœur du Languedoc, dans le sud de la France. Son paysage agricole, son épaisseur historique et son caractère sensoriel offrent un environnement très différent des contextes urbains dans lesquels une grande partie du travail de Costi s’est développée.
La résidence n’est conçue ni comme une échappée hors de la pratique existante de l’artiste, ni comme une invitation à laisser son histoire derrière lui. Elle propose un déplacement à partir duquel des matériaux familiers pourront être abordés autrement : sous une autre qualité de lumière, à un autre rythme, et au contact de textures, d’espaces et de formes inhabituels.
La distance peut rendre une archive de nouveau visible. La lenteur peut révéler des liens que l’urgence dissimule. Un changement d’environnement peut également agir sur le corps avant même de transformer le travail : en modifiant l’attention, le rythme, la perception sensorielle et le seuil à partir duquel ce qui était jusque-là passé inaperçu devient perceptible.
La résidence restera donc ouverte à ce que le lieu lui-même fera émerger. Sa valeur se mesurera aux mouvements qu’elle rendra possibles au sein de la pratique.
La résidence comme terrain de recherche
Depuis sa création, TCAF envisage les résidences comme bien davantage que des dispositifs de production artistique. Elles constituent l’un des terrains de recherche et développement de la Fondation : des espaces dans lesquels la pratique artistique peut produire des méthodes, des connaissances et des formes de transformation susceptibles de dépasser un projet, un artiste ou un lieu particulier.
En 2017, la résidence de TCAF The Strings that Connect a Village avait réuni à Lagamas le photographe Gideon Mendel, le spécialiste du ferrotype Jonathan Pierredon et l’artiste Alice Mann. À travers des portraits, des objets personnels, des récits manuscrits, des entretiens filmés et un exercice de cartographie collective, le projet explorait les relations par lesquelles une communauté rurale construit son identité. Quarante-cinq portraits avaient été reliés par des fils de couleur représentant les liens familiaux, professionnels, associatifs, amicaux et de voisinage, créant une cartographie vivante du tissu social du village.
La résidence de 2026 revient à Lagamas avec une autre échelle et un autre objet. Là où le projet antérieur examinait le tissu relationnel d’une communauté, Further Afield s’intéressera à la transformation à l’œuvre au sein d’une pratique artistique individuelle, ainsi qu’au champ symbolique plus large que celle-ci fait naître.
L’artiste ne sera pas traité comme un sujet clinique et son travail ne sera pas réduit à la démonstration d’un résultat thérapeutique prédéterminé. Il s’agit d’accompagner et de documenter le processus créatif sans s’approprier sa signification.
Les protocoles de recherche de TCAF porteront sur les relations entre l’environnement, le processus, la production artistique et le récit que le praticien fait lui-même des changements intervenus. L’artiste demeure l’auteur et l’interprète principal de ce que son travail signifie.
Suivre le mouvement du sens
RIZOM apportera deux instruments issus de ses recherches sur l’intelligence symbolique.
La Basho Loop™ suit le mouvement qui relie l’expérience vécue, l’expression symbolique et le retour vers soi. Plutôt que de demander à un système d’interpréter l’expérience à la place de la personne, elle crée une structure dans laquelle les images, les métaphores et les motifs récurrents peuvent être revisités, transformés ou rejetés par leur auteur humain. Le sens revient ainsi à la personne dont il est issu.
Metanoia™ contribuera à documenter les moments de seuil : ceux où un cadre existant ne tient plus, où une autre relation devient perceptible, ou encore où le praticien retrouve la capacité de s’orienter dans une nouvelle direction.
Ensemble, ces approches permettront de suivre ce que RIZOM appelle une récursivité constructive : non pas la répétition d’un même schéma, mais un retour par lequel le champ symbolique se réorganise et produit une cohérence renouvelée.
Ces instruments sont destinés à servir la pratique, et non l’inverse. Ils offrent des moyens de repérer des transformations qui pourraient autrement rester invisibles : un motif qui acquiert une autre fonction, un matériau rencontré différemment, un objet ancien placé dans une nouvelle relation, ou le moment où l’artiste reconnaît que son travail a changé de direction.
Faire place à ce qui peut émerger
Soutenir un artiste signifie davantage que soutenir la production.
Cela suppose de s’interroger sur ce qui permet à une pratique de tenir, de s’approfondir et de se renouveler, en particulier lorsqu’elle s’est construite à travers la rupture. Le financement, l’espace, la fabrication et la visibilité peuvent chacun être décisifs. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer comment un artiste passe de la survie à une capacité renouvelée à être l’auteur de son propre parcours.
Ce passage dépend de facultés moins visibles : la conscience, le pouvoir d’agir, le sens et l’orientation.
Further Afield fera place à l’activation de ces facultés au sein du travail. La résidence commence sans en prescrire la destination. Son titre provisoire suggère déjà un mouvement au-delà d’un périmètre connu : non pas le rejet de ce qui a précédé, mais l’élargissement du champ dans lequel cela peut être compris.
Lagamas offre un lieu de lumière sereine et de rythme transformé. John Costi apporte une pratique capable de faire de fragments, de souvenirs et de ruptures des formes symboliques vivantes.
La résidence commencera là où ces deux champs se rencontrent.


Commentaires